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Ma chambre d’enfant était, sans que je le sache, une camera obscura, où les arbres du dehors apparaissaient alors comme pendus à l’envers sur les murs. Grandir au cœur de ce phénomène naturel d’apparition de l’image a, par la suite, profondément orienté ma relation au monde, et m’a menée vers l’exploration de dimensions sensibles, notamment à travers la pratique de la photographie en sténopé.

Aujourd’hui, j’aime travailler en immersion dans les paysages, tout en ayant une posture écosophique avec les dimensions du vivant. Cette attention portée au vivant me permet de retisser des liens perméables avec les espaces naturels et d’explorer de nouveaux récits sur la place intime que nous y occupons.

 

Mon travail s’inscrit dans une imbrication entre le dessin, la photographie et la sculpture, voire la céramique. 

 

Ma pratique artistique se situe au croisement de l’émergence et de l’expérience de phénomènes de perception. Elle interroge notre capacité physique et sensible à percevoir, avant toute interprétation ou conceptualisation : comment une réalité particulière devient-elle perceptible ? Comment voyager par-delà différents niveaux sensibles, percevoir au-delà d’une culture prédéterminée, déplacer le point d’assemblage et agrandir un territoire sensible de l’intérieur ?

 

Je perçois le monde avant tout par le ressenti. C’est lors de mes nombreux voyages au-delà du cercle polaire que j'ai pris conscience à quel point les grains de lumière ont une consistance à part entière et palpable. Dans ces régions extrêmes, les repères s’effacent, la densité se relâche… et la conscience se déploie autrement ; elle s’élargit, s’appréhende dans la globalité du vivant et permet d’en faire l’expérience directe, dans l’instant du moment. Ces expériences ont constitué une porte d’entrée vers un chemin que j’explore désormais sous toutes les latitudes.

 

Au-delà de l’arpentage géographique, j’aime entreprendre des voyages intuitifs dans les mouvements intérieurs de ma perception, explorant des espaces poétiques entre rémanence et présence. Le voyage compte plus que la destination. Ce mouvement devient une fin en soi, non un moyen. J’aime me laisser happer par l'épaisseur d'un paysage, qu’il soit intérieur ou extérieur à moi. Je suis alors absorbée par lui, je deviens le paysage et dans cet espace, on soulève en même temps que l’on est soulevé.

Je cherche à développer une pratique photographique intuitive, pour tenter de s’approcher de ce qui précède la perception de toute chose. Pour cela, j’utilise principalement des chambres noires pour des prises de vue en sténopé. D’une certaine façon, ces ‘boites’ immobiles face au paysage, permettent un voyage dans le temps, avant d’en revenir transformées. Pour qu'apparaissent ces images par la magie de la boite, il est nécessaire d’habiter le paysage, de l’apprivoiser. Ces voyages immobiles sont de remarquables espaces de reconnexion vers une certaine profondeur de ce qui nous entoure.

J’appréhende la photographie comme une empreinte physique de la lumière dans la matière, une trace directe du réel. J’aime travailler à partir d’expériences qui cristallisent cette interaction directe. D’expéditions sur le terrain jusqu’au laboratoire, en passant par l’atelier, mon travail s’ancre ainsi au cœur de l’exploration du photosensible.

 

Le dessin est pour moi, une interface entre l’intérieur et l’extérieur, comme un écran de projection entre moi et le monde extérieur. Et c’est sur elle que se joue les projections des deux côtés. C’est de ce point de frottement, entre le soi et le monde, que surgit l’étincelle : un point de brillance révélant notre manière singulière d’être au monde. Il évoque un monde en perpétuel mouvement, éphémère et fragile, se composant et se décomposant sans cesse.

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